Je ne lui tiens pas la main dans la rue, pourtant de temps en temps nos corps se frôlent, mes doigts qui s’appuient sur son dos, son épaule. Nos yeux se cherchent, les sourires se croisent, sûr de notre petit secret même si nous aimerions tant qu’il n’en soit pas un. Des gestes qui valent sûrement mieux que des longs discours, un bisou volé, plus ou moins fait de façon caché.

J’envie les hétéros pour cela, ils ont la liberté des émotions, celle inconsciente de pouvoir laisser exprimer leur tendresse en public. Je le pourrais moi aussi, rien ne m’interdit d’embrasser goulument mon chéri? Si, le poids des conventions, celui qui me rend parfois mal à l’aise d’accomplir devant d’autres gens une preuve de mon amour pour lui. J’aimerai tant me foutre de tout ça, être moi aussi insouciant. Ca m’arrive, lui aussi, nous redevenons un couple lambda, fier d’être ensemble, d’avoir trouvé l’être aimé, et bien souvent il ne se passe rien. Pas de cris, d’insultes ou de jets de cailloux donc pourquoi ce mal être persiste?

Une fois, une réflexion, lançée sans réfléchir par une gamine de 15ans et me revoilà plongé dans ce malaise, être rabaissé et ne rien oser dire, perdre sa confiance en soi et culpabiliser de ne pouvoir défendre son amour devant ces gens. Pourtant les esprits eux aussi changent, les gens s’habituent. Oui je suis en couple, oui nous sommes deux garçons, et oui cela ne change rien.
Pour les hétéros, l’homophobie est bien souvent un problème dépassé. Bien sûr on voit des gays à la télé, dans la rue, mais le cheminement pour s’assumer est pour eux un mystère total, alors oui à cause de cela nous restons fragiles face au regard des autres et à la valorisation de notre sexualité. Je ne veux pas sombrer dans une paranoïa stérile, je pense qu’en France les choses vont dans le bon sens même si cela va encore si lentement. Nous ne sommes pas des martyrs loin de là, mais justement quand ne serons nous plus des gens à part?

Dois je me battre pour un droit à la différence ou pour celui à l’indifférence, vaste question, que je ne serai pas résoudre. Je ne me bats pas, je vis et je profite de ce que m’apporte mon chéri et c’est bien le plus important…
2 réponses jusqu'à présent ↓
Nicolas Bleusher // août 8, 2008 à 10:21
Joli texte. Emouvant et sobre. Emouvant parce que sobre…
Eric // octobre 11, 2008 à 1:56
Vaaaaaste question ! Je vois bien l’idée de l’homophobie qui est ressentie comme dépassée pour les hétéros et c’est sans doute vrai… L’homophobie ne subsisterait-elle que pour les homos … ?
Joli blog au fait !